Se faire accompagner pour sa mise en conformité CSRD consiste à confier tout ou partie du diagnostic de double matérialité, de la collecte des données et de la structuration du rapport à un cabinet, un auditeur ou un expert-comptable spécialisé. Ce choix ne remplace pas la question réglementaire — qui est concerné, et depuis quand — déjà traitée dans notre article sur la directive CSRD : il intervient une fois que l’entreprise sait qu’elle doit s’y préparer, ou qu’elle souhaite anticiper.
Pourquoi les entreprises se font accompagner
La CSRD combine une méthodologie encore récente pour beaucoup d’entreprises (la double matérialité), un référentiel technique dense (les normes ESRS) et une exigence de vérification par un tiers indépendant. En dehors des grands groupes dotés d’une équipe RSE étoffée, peu d’entreprises disposent en interne de toutes les compétences nécessaires pour mener ce travail seules dans les délais impartis. Un accompagnement externe permet de structurer la démarche, de fiabiliser les données produites et de réduire le risque qu’un commissaire aux comptes ou un organisme tiers juge le rapport insuffisant lors de la vérification.
Qui propose un accompagnement CSRD
Plusieurs types d’acteurs se positionnent sur ce marché, avec des approches différentes :
- Cabinets de conseil RSE spécialisés : accompagnement de bout en bout, du diagnostic de matérialité à la rédaction du rapport, parfois complété par un volet formation des équipes.
- Cabinets d’audit et commissaires aux comptes : proposent souvent une offre d’accompagnement distincte de leur mission de certification, précisément pour éviter un conflit d’intérêt (voir plus bas).
- Experts-comptables ayant élargi leur offre : accompagnement pour des entreprises de taille intermédiaire déjà suivies sur le volet comptable et financier.
- Éditeurs de logiciels RSE : accompagnement méthodologique associé à un outil de collecte de données, présenté dans notre comparatif des logiciels RSE.
Ce que couvre une mission d’accompagnement CSRD
Le périmètre exact varie selon le prestataire, mais une mission complète suit généralement cinq étapes :
- Cadrage et périmètre — confirmer si et depuis quand l’entreprise entre dans le champ de la CSRD, en tenant compte des seuils en vigueur et de l’état d’avancement de la transposition de l’Omnibus.
- Diagnostic de double matérialité — identifier les enjeux matériels sur le plan financier et sur le plan de l’impact, en associant les parties prenantes concernées.
- Sélection des normes ESRS applicables — une entreprise ne reporte que les points de données que son diagnostic de matérialité fait ressortir comme pertinents, pas l’intégralité du référentiel.
- Collecte et structuration des données — mise en place ou adaptation d’un outil de collecte adapté au volume de données à traiter.
- Préparation à la vérification — mise en forme du rapport et des pièces justificatives en vue de l’audit par le tiers indépendant.
Accompagnement et vérification : un point de vigilance sur l’indépendance
Un cabinet qui accompagne une entreprise dans la construction de son rapport de durabilité ne peut, en principe, pas être celui qui certifie ensuite ce même rapport : les règles d’indépendance applicables aux commissaires aux comptes et aux organismes tiers indépendants visent à éviter qu’un même prestataire juge un travail qu’il a lui-même contribué à produire. Une entreprise qui sollicite un accompagnement a intérêt à vérifier ce point avec son prestataire avant de signer une mission, en particulier si elle envisage de confier l’accompagnement et la vérification à des entités d’un même groupe.
Comment choisir son prestataire
- Connaissance du secteur d’activité : les enjeux matériels et les indicateurs pertinents diffèrent fortement entre une entreprise industrielle et une entreprise de services.
- Taille du cabinet adaptée à celle de l’entreprise : un grand cabinet international n’est pas toujours le format le plus pertinent pour une entreprise de taille intermédiaire.
- Articulation avec l’outil de collecte de données : vérifier si le prestataire travaille avec un logiciel RSE existant ou impose sa propre solution.
- Indépendance vis-à-vis du futur vérificateur (voir ci-dessus).
- Références vérifiables et méthodologie transparente : un prestataire sérieux explique sa méthode de cotation de la matérialité plutôt que de la présenter comme une boîte noire.
Combien coûte un accompagnement CSRD
Les cabinets ne publient pas de grille tarifaire standardisée : le coût dépend du périmètre retenu (diagnostic seul, ou accompagnement de bout en bout jusqu’à la préparation de l’audit), de la taille de l’entreprise et du nombre d’entités consolidées à couvrir. En l’absence de données chiffrées vérifiables et communiquées publiquement, la seule façon fiable d’obtenir un ordre de grandeur reste de comparer plusieurs devis sur un périmètre de mission identique.
Accompagnement, formation ou logiciel : trois réponses différentes
Ces trois options ne s’excluent pas et se combinent souvent. La formation CSRD vise à monter en compétences les équipes internes sur la méthodologie et le cadre réglementaire, sans pour autant réaliser le travail à leur place. Un logiciel RSE outille la collecte et la structuration des données, mais ne remplace pas l’expertise nécessaire pour construire un diagnostic de matérialité solide. L’accompagnement par un cabinet ou un prestataire spécialisé reste la seule option qui délègue tout ou partie du travail méthodologique lui-même, ce qui en fait un choix pertinent lorsque l’entreprise manque de temps, de compétences internes, ou des deux à la fois.