L’économie circulaire est un modèle économique qui vise à découpler la production de richesse de la consommation de ressources naturelles, en s’opposant au schéma linéaire « extraire, produire, jeter ». Pour une entreprise, elle ne se résume pas au tri des déchets : elle touche l’approvisionnement, la conception des produits, les modèles de vente et, en France, un cadre réglementaire précis issu de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC).
Qu’est-ce que l’économie circulaire ?
Selon la définition de l’ADEME, l’économie circulaire est « un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement ». Elle se distingue du recyclage, qui n’en est qu’une composante : l’ADEME le considère d’ailleurs comme le dernier recours, à activer une fois épuisées les possibilités de réduire, réparer ou réemployer.
Les sept piliers identifiés par l’ADEME
L’ADEME structure l’économie circulaire autour de sept piliers, répartis en trois domaines d’action. Du côté des acteurs économiques (l’offre), on trouve l’approvisionnement durable (recours à des matières premières renouvelables, recyclées ou issues d’un sourcing responsable), l’éco-conception (intégrer dès la conception d’un produit sa durabilité, sa réparabilité et sa recyclabilité), l’écologie industrielle et territoriale (mutualiser des flux de matières, d’énergie ou de déchets entre plusieurs entreprises d’un même territoire, les déchets des unes devenant la ressource des autres) et l’économie de la fonctionnalité (vendre l’usage d’un bien plutôt que le bien lui-même : location, abonnement, paiement à l’usage).
Du côté des consommateurs (la demande et le comportement), l’ADEME identifie la consommation responsable, qui recouvre aussi bien les achats professionnels que les décisions des particuliers, intégrant la durabilité et la réparabilité des produits dans le choix d’achat. Du côté de la gestion des déchets, enfin, deux piliers se succèdent : l’allongement de la durée d’usage (réparation, reconditionnement, revente, don), puis le recyclage, qui valorise les matières en fin de vie lorsque les leviers précédents ont été épuisés.
La loi AGEC : le cadre réglementaire qui structure la transition
Promulguée en février 2020, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire fixe un calendrier d’obligations qui concerne directement les entreprises. Parmi les mesures déjà en vigueur : l’interdiction de détruire les invendus non alimentaires depuis 2022, l’obligation d’afficher un indice de réparabilité sur certains produits électroniques et électroménagers depuis 2021, complété par un indice de durabilité, ou encore l’interdiction progressive de plusieurs plastiques à usage unique, avec un objectif de fin des emballages plastiques à usage unique fixé à 2040. La loi impose également à l’État et aux collectivités des quotas d’achat de produits reconditionnés ou issus du réemploi, ce qui influence indirectement les entreprises répondant à des marchés publics.
La responsabilité élargie du producteur (REP) : un mécanisme central
Le principe de responsabilité élargie du producteur (REP) applique la logique du pollueur-payeur : les producteurs, importateurs et distributeurs qui mettent un produit sur le marché sont rendus responsables du financement et de l’organisation de la gestion de ce produit lorsqu’il devient un déchet. Concrètement, ces acteurs versent une éco-contribution à un éco-organisme agréé, qui finance ensuite la collecte, le tri et le recyclage des produits concernés. La France comptait déjà une douzaine de filières REP avant la loi AGEC (emballages ménagers, équipements électriques et électroniques, textiles, entre autres) ; la loi en a créé de nouvelles, parmi lesquelles les emballages professionnels, les matériaux de construction du bâtiment, les jouets ou les articles de bricolage et de jardin. Une entreprise qui met sur le marché des produits relevant d’une filière REP doit vérifier son statut de metteur sur le marché et, le cas échéant, s’acquitter de l’éco-contribution correspondante.
Concrètement, quels leviers pour une entreprise ?
Une entreprise peut engager une démarche d’économie circulaire à son échelle sans attendre une obligation réglementaire directe. Sur les achats, privilégier des matières recyclées ou reconditionnées et allonger la durée de vie du parc matériel existant plutôt que de le renouveler systématiquement. Sur la production, explorer les synergies avec d’autres entreprises du même territoire pour valoriser des déchets ou des flux énergétiques inutilisés : c’est le principe de l’écologie industrielle territoriale, qui prend souvent la forme de démarches collectives portées par une zone d’activité. Sur le modèle commercial, certaines entreprises basculent une partie de leur offre vers l’économie de la fonctionnalité, en vendant un service d’usage plutôt qu’un produit, ce qui les incite à concevoir des équipements plus durables et plus faciles à réparer.
Économie circulaire, efficacité énergétique, politique RSE : des démarches complémentaires
Ces notions se recoupent sans se confondre. L’économie circulaire porte sur la circulation des matières et des produits : réduire l’extraction de ressources et allonger leur durée de vie utile. L’efficacité énergétique, de son côté, porte spécifiquement sur la consommation d’énergie, un sujet proche mais distinct. La politique RSE de l’entreprise, enfin, est le cadre plus large dans lequel s’inscrivent généralement ces deux démarches, aux côtés des enjeux sociaux et de gouvernance.